SUR LA ROUTE …

UNE BANDE DE POTES

Marie-Lou : J’aimerais parler de vos collaborations. Comment les rencontres ont-elles eu lieu ?

Edgar : C’est l’histoire d’une bande de copains. Tout a commencé quand je me suis acheté une guitare : un pote m’a alors proposé d’aller répéter au Dorémi. Là-bas, il y avait quelques furieux dont Bertrand Cantat et un mec des Wet Furs : on a créé un groupe élargi avec douze guitares électriques, deux basses, deux batteries, enfin un truc dingue.

On ne jouait que des standards du rock, genre Should I stay or should I go, des morceaux de Led Zep[lin], d’AC/DC, des gros tubes planétaires avec deux accords. J’ai fait la connaissance de plein de gens : c’était « bon esprit », on ne se prenait pas la tête.

J’ai rencontré les Noir Des’ [Noir Désir], sans savoir qui ils étaient : on est devenus proches, simplement. J’ai joué pour Tostaky [album], sur [la chanson] Marlène alors que je n’avais jamais vu le groupe sur scène. J’ai participé à l’enregistrement du disque en Angleterre par amitié. Et c’est bien parce je n’avais ni a priori, ni pression. Je l’ai fait naturellement.

D’AUTRES RENCONTRES

Marie-Lou : Avec quels autres artistes avez-vous travaillé ?

Edgar : Par la suite, Edgar de l’Est a rencontré beaucoup d’autres artistes sur la route. On a fait énormément de concerts avec les Zebda et c’est devenu la famille. Après un concert avec Marousse [groupe de ska punk français] à Lausanne, on a rencontré Kropol [Pierre Gauthé], le tromboniste de la Mano NegraOn a boeuffé [fait une improvisation musicale] pendant l’after, il a apprécié notre groupe et c’est comme ça qu’il nous a rejoints. 

On a travaillé avec « Chinoi » aussi [Jean-Marc André, ingénieur du son et musicien] : il avait bossé avec la Mano [Negra] et comme il connaissait toute la scène alternative, il nous a présenté un monde fou. Grâce à lui, on a rencontré les comédiens du Royal de Luxe par exemple.

Marie-Lou : Tu pourrais préciser qui était « Chinoi » ?

Edgar : « Chinoi » n’est plus là malheureusement. C’était quelqu’un avec qui j’ai travaillé longtemps. D’ailleurs, il a enregistré notre premier album, La Berlue. Il est arrivé à l’époque du voyage en train
de la Mano Negra [Voir ci-contre].

Ce mec était absolument génial, il a enregistré un nombre incroyable de premiers disques : celui des Hot Pants, de Manu Chao, de Pigalle, des Négresses Vertes… Il se trouve qu’à chaque fois, les groupes concernés ont connu le succès.

Il faisait le son en live et en studio. Son travail était d’une qualité re-marquable. Dès que j’ai rencontré « Chinoi », j’ai eu envie de bosser avec lui. C’est comme ça, je le sentais faire partie de ma famille. La collaboration a duré 5 ou 6 ans. Il n’ y a pas si longtemps, avant qu’il ne parte, on a fait un concert avec lui près de Sarlat.

« Pendant ces années d’itinérance, j’ai fait le plein de rela-tions humaines, de musique, de découvertes artistiques, le plein d’amour, tout simplement. »

AU FEELING…

Marie-Lou : Donc toutes vos collaborations se sont faites comme ça, au ressenti ou au coup de cœur ?

Edgar : Oui, oui, tout à fait. Un jour, je suis allé chez Corida [société de production] et j’ai dit à Jacques Renault [ancien patron de la Cigale et de la société de production Corida] qu’on voulait travailler avec lui et ça l’a fait. Rien n’a jamais été forcé .

À l’époque, Corida était le tourneur des Rita Mitsouko, de Ben Harper, de Manu Chao, des Zebda, etc. J’ai un bon souvenir d’avoir travaillé avec eux. Ils avaient flashé sur un titre de La Berlue, qui s’appelle L’Orient. C’est grâce à eux qu’on a fait la première partie des Rita Mitsouko à la Nef d’Angoulême. Ils nous ont permis une tournée pro-duite et nous ont ouvert des portes.

Après, il faut quand même trouver des compromis avec les diffé-rents collaborateurs. Il y a parfois un équilibre à trouver entre la volonté d’un tourneur et celle d’un groupe, mais le dialogue permet toujours de trouver un terrain d’entente.

SE SOUVENIR DE L’ESSENTIEL

Marie-Lou : Qu’est-ce que tu retiens de ces années d’itinérance et de rencontres ?

Edgar : J’ai fait le plein de relations humaines sympas, de musique, de découvertes artistiques, le plein d’amour tout simplement. Bien sûr, il y a des choses moins agréables, des gens qui font des choses par intérêt, mais je préfère retenir ces joliesses.

Je me souviens qu’à Dijon, on avait été dans une asso[ciation] qui organisait des concerts : ils nous ont reçus d’une manière incroya-ble, on ne s’y attendait pas du tout. Pareil en Bretagne, dans un en-droit perdu, on s’est retrouvés face à 500 personnes alors qu’on ne  pensait pas trouver grand monde. C’était improbable. 

C’est ça que je trouve chouette, le voyage,les ballades, les rencon-tres, la magie de la musique, le soin porté à notre travail… Tout ça rend heureux.

À LIRE

Un train de glace et de feu. La Mano Negra en Colombie, Ramón Chao, éditions Actes Sud, 1994.

De la mi-novembre à décembre 1993, un groupe d’artistes décide d’entreprendre un périple en Colombie, à l’initiative du groupe La Mano Negra. De Bogotá à Santa – Marta, ils voyageront à bord d’un vieux train rebaptisé l’Expreso de Hielo.

D’un bout à l’autre de ces 2000 kilomètres, La Mano Negra, les French Lovers, leurs acolytes (musiciens, trapézistes, comédiens et techniciens) et un dragon cracheur de feu offriront spectacles et attractions gratuits dans chaque gare.