16e Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs (16-24 mars 2019)

Cette année, Thierry Sinda et Moa Abaïd (respectivement Président et Directeur Artistique du festival) ont invité une trentaine d’artis-tes à célébrer la Beauté des Afriques et d’Ailleurs.

Thierry Sinda

Moa Abaïd

La 16e édition rendait hommage à Raoul-Philippe Danaho. Ce poète et économiste guyanais est membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer et l’initiateur du Revenu de Développement.

Raoul-Philippe Danaho

Jour 2, le 17 mars 2019. 

Poésie etc. à l’atelier – galerie « Passerelles », situé dans le 18e arrondissement de Paris. 

Les lectures d’Assia Saci, les bijoux de Solange Konan et la musique de Pablo U-Wa auront animé cet après-midi avec talent et joliesse.

Pour avoir un bref aperçu de ce moment, la Feuille Azimutée vous invite à parcourir les capsules sonores et l’interview qu’elle a fabriquées.  Bon voyage !

Photo-souvenir de l'assemblée - Crédit Photo : Assia Saci

Les lectures d’Assia Saci

Assia est comédienne et professeure de théâtre.

Solange Konan – Crédit photo : La Feuille Azimutée

Solange Konan est créatrice de bijoux .

Cliquez sur la galerie découvrir quelques-unes de ses créations !

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Pour écouter son interview, c’est par ici  !

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Pablo U-Wa est musicien et chanteur.

Cliquez découvrir quelques morceaux !

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Pablo U-Wa – Crédit photo : La Feuille Azimutée

Pour lire son interview, c’est par ici  !

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Marie-Lou : Comment tu es arrivé au reggae, Pablo ?

Pablo : Le reggae me renvoie à mon jeune âge. Mon père me faisait souvent écouter des morceaux de Burning Spear. Bien qu’il ne comprenne pas anglais, il ressentait quelque chose de vrai, de chaleureux et vivant dans le fond musical. Certaines expressions lui parlaient. 

J’ai donc baigné dans ces ambiances musicales durant toute mon enfance. À mon arrivée en France à l’âge de 11 ans, j’ai tout de suite eu envie de rencontrer des reggaemen, des «grands frères» musi-ciens et c’est comme ça que j’ai côtoyé pas mal d’artistes.

Marie-Lou : Pourrais-tu présenter ton parcours artistique ?

Pablo : Dans les années 80 et au début des années 90, j’ai créé mon premier groupe, les Black Lions. On était quatre musiciens. On tour-nait beaucoup, même sans avoir de disque : aujourd’hui, il serait impossible de le faire. En 1995, j’ai signé avec Blue Silver, un label parisien créé par Esoldun.

Ce producteur a travaillé pour de grandes maisons de disques jamaïcaines, dont Trojan Records. Voilà comment on a enregistré l’album Sarajevo. Ce disque m’a permis un réel ancrage dans le milieu reggae et m’a fait beaucoup tourner.

J’ai également été invité à jouer en Côte d’Ivoire. Les maisons de disques ivoirienne et française ont organisé ce voyage. En arrivant, j’étais un peu perdu parce j’avais le sentiment d’être étranger chez moi. Sarajevo dénonçait la confiscation de la liberté en Afrique par les pouvoirs en place. 

Cela m’a coûté d’être censuré dans mon propre pays. Ça m’a blessé mais en même temps, je me suis dit que mon message était passé puisqu’on voulait l’étouffer. À la suite de cela,  je suis retourné en Côte d’Ivoire en 1999 avec l’album Ton image, qui a très bien mar-ché. C’est à ce moment-là que j’ai été reconnu comme un Ivoirien : avant, tout le monde me prenait pour un Jamaïcain.

Ensuite, j’ai continué mes auto-productions. En 2005, j’ai pu signer avec d’autres labels en France, Dinoz Records et Studio Java, et on a sorti un autre album intitulé Unité. Il a été bien diffusé avec la colla-boration de médias comme M6 : la chaîne a fait tourner un de mes clips pendant six mois.

En 2010, j’ai proposé une autre auto-production : cet album s’appelle Renaissance. Le propos était de sensibiliser les Africains au fait que le continent devait renaître après environ cinquante ans de soit disant indépendance. J’ai voulu engager un débat dans lequel j’évoquais des thèmes comme l’union, la paix ou la justice .

Quelques temps après, la guerre s’est malheureusement abattue sur la Côte d’Ivoire; ce qui m’a vraiment peiné. En m’inscrivant dans le sang de ce conflit, j’ai écrit l’album Indépendance.  Son message est clair si l’on considère un titre comme Communauté Internationale, par exemple. 

Je me suis heurté à de nombreux médias; peut-être ont-ils consi-déré mon discours comme trop abrupt. Moi, j’estimais simplement décrire une vérité. Certains d’entre eux ont passé l’album sous silence. Mais cela ne m’a pas empêché de jouer en France, en Italie, en Espagne et beaucoup en Angleterre. Cela m’a fait dire que la sincérité du message a été perçue et bien accueillie.

J’ai donc poursuivi mon chemin : mon dernier album s’appelle Résis-tance. Je tente de souligner l’importance de certains sujets pour que l’on puisse en discuter. Ce disque porte beaucoup d’espoir.  Au re-gard de ce que l’on a vécu et de ce que l’on vit encore en Afrique, on a besoin de résister pour continuer à progresser.

L’Afrique étant notre berceau, je pense que si le continent meurt, l’humanité entière est amenée à disparaître. Persévérons et soyons positifs parce que le meilleur reste à venir. Cet opus fait son petit chemin. Je fais moins de concerts mais je continue à travailler avec engagement.

Marie-Lou : Est-ce que tu peux parler d’une collaboration qui t’ait particulièrement marqué ?

Pablo : J’ai toujours collaboré avec des artistes en considérant que les musiciens forment une famille . Peu importe le style, tant qu’il y a des idées à partager, on peut les concrétiser ensemble. J’ai beau-coup travaillé avec des artistes jamaïcains, notamment sur l’album Reggae Resistance. Ils sont venus me voir pour enregistrer ce projet dans mon studio et m’ont proposé d’intervenir sur cette compi-lation.

En dehors de cette expérience très enrichissante, j’ai composé pour de nombreux artistes comme Béta Simon ou Light Soldier. Dernièrement, j’ai vécu une belle collaboration avec Bernard Biarel au sujet des albinos. J’ai composé une chanson, il a écrit un texte et je souhaitais qu’il l’interprète.

L’albinisme représente un tel problème en Afrique qu’il fallait en parler. On a réalisé une belle production, un beau clip et le projet intéresse. Le 19 avril prochain, nous participerons à une conférence de presse à Noisy le Grand avec la collaboration de la municipalité qui met la Villa Cathala à notre disposition .

Certains participants viennent d’Afrique pour parler de la défiance que vivent les albinos. Il y a par exemple beaucoup de meurtres et trop de choses ignorées par les gens. C’est une manière de faire face pour aider les victimes. J’ai d’ailleurs rencontré Salif Keïta, qui connaît mieux ce problème : il me disait avoir la même idée.

Marie-Lou : Ainsi pour caractériser ta démarche, on peut évoquer une grande ouverture et une pratique artistique bien ancrée dans les sociétés qu’elle connaît . Un engagement très fort ressort de ton discours, qu’il soit politique ou humain, je trouve cela précieux.

Pablo : J’ ai la chance de vivre une double culture. Je suis né en Côte d’Ivoire, j’ai appris beaucoup de mes parents, mais j’ai vécu ma vie ici. Je continue à vivre en France et j’apprends énormément de cette société. Entre les deux cultures, bien qu’il y ait des fossés, il y existe des liens à construire et c’est justement ce que l’on peut faire grâce à la musique.

Dans ce domaine, il n’y a pas de frontières, nous sommes tout de suite connectés avec d’autres cultures, d’autres musiciens, d’autres états d’esprit, d’autres réalités et c’est ce qui continuera à nous faire avancer.

Marie-Lou : Merci beaucoup de tes réponses Pablo, bonne conti-nuation !