Photo-souvenir de l'assemblée - Merci Assia Saci !

Le 17 mars dernier, c’était le printemps… des Poètes des Afriques et d’Ailleurs. La seconde rencontre du festival se tenait à l’atelier – galerie « Passerelles », un joli lieu tenu par l’association Arts Traditionnels Nouvelles Technologies [ATNT] dans le 18arrondis-sement de Paris.

Poésie et caetera. Autour des lectures d’Assia Saci, la musique de Pablo U-WA, les créations de Solange Konan et le plaisir simple de vivre un instant sus-pendu avec les autres participants.

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Les lectures d’Assia Saci

Sa voix juste, juste sa voix… portant les textes d’Ines Oueslati (La Tunisienne) et de Monia Boulila (Exils)

Assia Saci - Photo : Saadia Courtillat

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Solange Konan

En arrivant à l’atelier «Passerelles», j’ai rencontré Solange Konan,créatrice de bijoux : voici un extrait de notre causerie.

Solange Konan - Photo : la Feuille Azimutée

Causerie liminaire

Cette causerie liminaire inclut des extraits de Broke Inside My Mind (feat Ellie Griffiths), par Anitek

Source:                                    https://soundcloud.com/anitek

Licence:                                  http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/deed.fr

Solange Konan - Photo : La Feuille Azimutée

Florilège de créations 

Photos : La Feuille Azimutée 

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Pablo U-WA

J’ai également fait la connaissance de Pablo, qui est auteur, compositeur et interprète. Je l’ai évidemment interviewé !

Pablo U-WA - Photo : La Feuille Azimutée

REGGAE !

Marie-Lou : Bonjour Pablo, est-ce que tu pourrais expliquer comment tu es arrivé au reggae ?

Pablo : Le reggae me renvoie à mon jeune âge parce que mes parents en écoutaient. Mon père me passait souvent des morceaux de Burning Spear. Bien qu’il ne comprenne pas l’an-glais, il ressentait quelque chose de vrai, chaleureux et vivant dans le fond musical. Certaines expressions lui parlaient. 

J’ai donc baigné dans ces ambiances musicales durant toute mon enfance. Arrivé en France à l’âge de 11 ans, j’ai tout de suite eu envie de rencontrer des reggaemen, des «grands frè-res» musiciens, et c’est comme ça que j’ai côtoyé pas mal d’artistes.

SUR LA ROUTE

Marie-Lou : Pourrais-tu présenter ton parcours artistique ?

Pablo : Dans les années 80 et au début des années 90, j’ai créé mon premier groupe, les Black Lions. On était quatre musiciens, on n’avait pas de disques mais on tournait beaucoup : contrai-rement à aujourd’hui, il était possible de le faire.

En 1995, j’ai signé avec Blue Silver, un label parisien créé par Esoldun. Ce producteur a travaillé pour de grandes maisons de disques jamaïcaines, dont Trojan RecordsVoilà comment on a enregistré l’album Sarajevo

Ce disque a bien fonctionné et m’a permis un réel ancrage dans le milieu reggae. J’ai également été invité à jouer en Côte d’Ivoire : tout avait été organisé par les maisons de disques ivoirienne et française. 

J’étais un peu perdu parce qu’à mon retour, j’étais comme étranger chez moi. Sarajevo dénonçait la confiscation de la liberté en Afrique par les pouvoirs en place. Cela m’a coûté d’être censuré dans mon propre pays.

Ça m’a blessé mais en même temps, je me suis dit que ce message était conscient et surtout, qu’il était passé. À la suite de cela en 1999, je suis retourné en Côte d’Ivoire avec l’album Ton image qui a très bien marché et c’est là que j’ai été reconnu comme un Ivoirien. Avant, tout le monde me prenait pour un Jamaïcain. 

En rentrant, j’ai continué mes auto-productions. En 2005, j’ai signé avec d’autres labels, Dinoz Records et Studio Java puis on a sorti un autre album, intitulé Unité. Il a été bien diffusé avec la collaboration de médias comme M6, qui a fait tourner un de mes clips pendant six mois. 

En 2010, j’ai proposé une autre auto-production : cet album s’appelle Renaissance. Plus de cinquante ans après les soit disant indépendances, le propos était de sensibiliser les Afri-cains au fait que le continent doit renaître. J’ai voulu soulever les thèmes de la justice, l’union ou la paix.

Quelques temps après, la guerre s’est malheureusement abat-tue sur la Côte d’Ivoire; ce qui bien sûr m’a vraiment blessé. En m’inscrivant dans le sang de cette guerre, j’ai écrit l’album Indépendance dont le message était clair si l’on considère, entre autres, un titre comme Communauté Internationale.

Je me suis heurté à de nombreux médias; peut-être ont-ils considéré mon discours comme trop abrupt. Moi, j’estimais simplement décrire une vérité. Voilà pourquoi certains d’entre eux ont passé l’album sous silence. 

Cela ne m’a pas empêché de tourner en France, en Italie, en Espagne et beaucoup en Angleterre. Cela m’a fait dire que la sincérité du message a été perçue et bien accueillie. 

J’ai donc poursuivi mon chemin : mon dernier album s’appelle Résistance. Je vis dans mon temps et tente de souligner l’importance de certains sujets pour que l’on puisse en discuter. Ce disque porte beaucoup d’espoir.  

Malgré tout ce que l’on a vécu et ce que l’on vit encore en Afrique, on a besoin de résister pour continuer à progresser. L’Afrique étant  « le berceau de l’humanité », je considère que si le continent meurt, c’est l’humanité entière qui est amenée à disparaître. 

Restons debout, persévérons et soyons positifs parce que le meilleur reste à venir. Ce dernier opus poursuit son petit chemin, je fais moins de concerts mais continue à vivre mon métier avec engagement. 

À PROPOS DE TES COLLABORATIONS

Marie-Lou : Est-ce que tu pourrais parler de quelques collabo-rations ? 

Pablo : J’ai toujours collaboré avec d’autres artistes parce que les musiciens forment une famille selon moi. Peu importe le style, tant qu’il y a des idées à partager, on les concrétise ensemble. 

J’ai beaucoup travaillé avec des artistes jamaïcains, notamment sur un album intitulé Reggae Resistance. Ils sont venus me voir pour enregistrer ce projet dans mon studio et m’ont proposé d’intervenir sur cette compilation. Au-delà de cette expérience très enrichissante, j’ai composé pour de nombreux artistes comme Béta Simon ou Light Soldier. 

Dernièrement, j’ai vécu une belle collaboration avec un mon-sieur qui s’appelle Bernard Biarel. Nous avons travaillé au sujet des albinos. J’ai composé une chanson, il a écrit un texte et je souhaitais qu’il l’interprète. 

L’albinisme représente un tel problème en Afrique qu’il fallait en parler. On a réalisé une belle production, un beau clip et le projet intéresse. Le 19 avril prochain, nous participons à une conférence de presse à Noisy le Grand avec la collaboration de la municipalité, qui met la Villa Cathala à notre disposition .

Certains participants viennent d’Afrique pour parler de la défiance et des crimes que subissent les albinos. C’est une manière de faire face pour aider ces victimes. J’ai d’ailleurs ren-contré Salif Keïta, qui connaît bien mieux ce problème : il me disait avoir la même idée.

Pablo U-WA - Photo : La Feuille Azimutée

OUVERTURE ET ENGAGEMENT

Marie-Lou : Ainsi pour caractériser ta démarche, on peut évoquer une grande ouverture et une pratique artistique bien ancrée dans les sociétés qu’elle connaît. Un engagement très fort ressort de ton discours, je trouve cela précieux.

Pablo : La chance que j’ai est de vivre une double culture. Je suis né en Côte d’Ivoire, j’ai appris beaucoup de mes parents mais j’ai vécu ma vie ici. Je continue à vivre en France et j’apprends aussi énormément de cette société. 

Entre les deux cultures, bien qu’il y ait des fossés, il existe des liens à construire et c’est justement ce que l’on peut faire grâce à la musique. Dans ce champ, il n’y a pas de frontières, nous sommes tout de suite connectés avec d’autres cultures, d’autres musiciens, d’autres états d’esprit, d’autres réalités et c’est ce qui continuera à nous faire avancer.

Marie-Lou : Merci de tes réponses, bonne continuation Pablo !

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