Comment  transmettre poésie ? Par où commencer ? Nul besoin de chercher : tout est là, au dedans. Peut-on imaginer une médiation de la poésie par l’oralité ? À l’instar de bien d’autres, je le pense sincèrement.

Mon parti pris est celui d’une entrée dans le poème par la voix. Celle(s) de l’auteur et celle(s) du passeur. Par le corps. Par ce qu’il dit et ce qu’il tait.

Et pourquoi transmettre la poésie ?  Pour ce qu’elle éveille en nous. Pour tout ce qui circule à nouveau. Pour les liens qu’elle tisse, d’un texte ou d’une personne à l’autre.

LA POÉSIE, CHAMP DES POSSIBLES ?

VERS L’EXPÉRIENCE

Depuis quelques années, une tendance vers l’expérience de la poésie se dessine clairement.¹ Du côté du public, les ateliers du Dire ou des initiatives comparables au Café Poésie Nomade ² connaissent un franc succès. Du côté des poètes, lectures et performances se multiplient tout en se diversifiant.

La poésie semble plus attrayante parce qu’elle est dite, mise en scène, en musique ou en images. Plus accessible lorsqu’elle est au centre d’une interaction entre différents langages.

¹ Voir « La poésie à le vent en poupe » , L’Express, 03/04/2016

« De jeunes voix pour la poésie » , L’Express (Toronto), 24/04/2018

² L’interview de Rodrigo Ramis, son initiateur, paraîtra prochainement sur ce blog.

CE QUI SE PASSE AU DEDANS

Les réponses des enseignantes interrogées ne démentiront pas ce point de vue. Elles étaient ravies que la poésie aille à leur rencontre. Qu’elle sorte du livre par la voix et le corps des poètes-performeurs. Cette redécouverte aura marqué un passage du désintérêt à l’envie d’y goûter. Mais que se passe-t-il concrètement au dedans lorsqu’on entre en poésie par l’oralité ? 

Dans la deuxième capsule sonore de ce dossier, Maud Fiquet et Valéry Clody partagent leur ressenti après avoir assisté à la 5e Nuit de la Poésie Urbaine. C’était une proposition de La Factorie- Maison de Poésie / Normandie, lors de son festival, Poesia

[Voir l’encadré ci-contre.]

Maud fait allusion aux performances de Tom Buron, Laurence Vielle, Marion Motte et Joy tout en exprimant un regard enthousiaste sur les découvertes offertes par cette soirée.

Capture d’écran du programme du festival Poésia , La Factorie, mai 2018  

VOLET 1

Pour écouter la capsule sonore n°2, c’est par ici !

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VOLET 2

Les élèves rencontrés cette année ne me contrediront pas, non plus. Les lycéens que j’ai accompagnés attestent de l’impact de la voix sur leur entrée dans la lecture des recueils proposés par le jury du CoPo (La Factorie – Maison de Poésie / Normandie). Les écoliers auxquels j’ai proposé un atelier poésie ont eu envie de dire, eux aussi, après avoir écouté.

LE POINT DE VUE DES PROFESSIONNELS 

C’est également le constat d’artistes et de professionnels de la cul-ture. Les propos de Zéno Bianu, poète et performeur français font également écho à cet avis. Dans un article du Point dédié à la poésie³, il avance : 

« C’est l’oralité qui a sauvé la poésie ces dernières années. Le retour au souffle, à la volonté d’échanger par les mots et de retrouver la gourmandise et le plaisir du texte. C’est tout sauf un art empoussiéré, ennuyeux. Avec la poésie, on est complètement dans les arts vivants .»

Olivier Chaudenson, directeur de La Maison de la Poésie à Paris, affir-me dans le même article :

« Le lectorat est parfois déconcerté par les recueils de poésie et entre beaucoup plus facilement dans la densité du texte lorsque la voix le porte. 

 La poésie contemporaine est relativement peu lue aujourd’hui et il me semble que la rencontre avec l’auteur, la lecture, la perfor-mance, tout ce qui montre que la poésie est un art vivant, tout ce qui est du registre de la littérature en scène, est une façon de s’ex-primer auprès d’un public plus large. »

Quant à lui, Laurent Terzieff 4 pense que :

«De nos jours, l’oralité de la poésie participe à sa diffusion. Il faut essayer et faire en sorte que […] le poème devienne la propriété de tous.

Pour que le comédien soit véritablement un passeur, […] il faut […] que sa voix et sa diction s’ouvrent sur un paysage de mots d’où s’élève un chant, avec son rythme, ses couleurs, ses silences; que ce paysage soit le lieu du poème où l’auditeur pourra en toute liberté, choisir lui-même ses chemins, les tracer…quitte aussi à s’y perdre.»

4 Extrait du discours de l’acteur et metteur en scène français lors de la conférence de presse du Printemps des Poètes en décembre 2001 à la Comédie Française.

Voir Terzieff, Laurent. (2001) « L’oralité en poésie » dans le dossier du Printemps des Poètes en milieu scolaire, « La poésie à l’école : un projet poésie-oralité »

LA FACTORIE : UNE MAISON DE POÉSIE EN NORMANDIE

Pour finir, je ferai allusion aux propos de Patrick Verschueren, direc-teur de La Factorie. Depuis 2014-2015, la mission principale de cette structure culturelle est de diffuser la poésie au plus grand nombre. Pour cet instigateur, il s’agit :

« de glisser la poésie partout, discrètement, de faire en sorte qu’elle soit connue et appréciée en la présentant comme un espace commun, un lieu de retrouvailles et d’étonnement sur la langue».

 Dans cette troisième capsule sonore, il parle de l’entrée en poésie et de son approche.

En vue d’enjamber l’éloignement entre les gens, l’art et les artistes, La Factorie propose en effet une programmation de qualité et des événements favorisant la rencontre autour de la performance poétique. À ce propos, il ajoute :

« les gens peinent à lire la poésie, elle leur paraît trop lointaine et opaque. Cela dit, ils reconnaissent l’aimer, à partir du moment où ils l’écoutent ! Nous disons de la poésie « entre deux », de manière à la rendre plus accessible. De cette manière, je pense que pro-gressivement, les gens accepteront d’aller plus loin ».

L’histoire de La Factorie est empreinte de cet engagement, comme le raconte Patrick Verschuren dans la quatrième capsule sonore.

Cliquez sur la galerie pour apprécier la beauté des lieux !

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La Factorie – Crédit Photo : La Feuille Azimutée