Photo de Nathaniel Shuman, libre de droits, extraite de la base de données du site Unsplash

LA POÉSIE… CHAMP DES POSSIBLES ?

Comment faire lorsque la page ne parle pas ? Peut-on imaginer une médiation de la poésie par l’oralité ? À l’instar de bien d’autres, je le pense sincèrement. 

Je pense à une entrée dans le poème par la voix. Celle(s) de l’auteur et celle(s) du passeur. Par le corps. Par ce qu’il dit et ce qu’il tait. 

Pour ce qui s’éveille en nous et entre nous. Pour les interroga-tions, la curiosité et le plaisir suscités, lorsqu’une performance plante le décor. S’ensuit la potentialité des réactions en chaîne.

POÉSIE IN VIVO

Au cours des dernières années, il s’est initié un mouvement vers l’expérience poétique¹, comme peuvent en attester l’éclo-sion de nombreux ateliers du Dire ou d’initiatives telles que le Café Poésie Nomade. (L’interview de Rodrigo Ramis, son instigateur, paraîtra prochainement sur ce blog).

Les réponses des enseignantes interrogées ne démentiront pas ce point de vue. Elles affirment avoir été interpellées par les performances poétiques auxquelles elles ont assisté. La poésie est allée leur rencontre par la voix de performeurs.

Cela aura déterminé pour elles le passage du désintérêt à l’envie d’y goûter, à nouveau. Désormais, dans leur esprit, la poésie ne fait plus écho à des représentations négatives. Selon le cas, elle fera même évoluer leur pratique professionnelle. 

Que se passe-t-il concrètement au dedans lorsqu’on entre en poésie par l’oralité ? Dans cette seconde capsule sonore, Valérie Clody et Maud Fiquet livrent leur ressenti après avoir assisté à « la Nuit de la poésie urbaine » [festival Poesia]. 

Dans le premier volet, Maud fait notamment allusion aux per-formances de Tom Buron, Laurence Vielle, Marion Motte et Joy Slam [voir encadré ci-contre]. Dans le second, elle évoque la scène ouverte.

¹  Voir  les articles  « La poésie à le vent en poupe »,  L’Express, 3 avril 2016  et « De jeunes voix pour la poésie », L’Express (de Toronto), 24 avril 2018 

Extrait du programme du festival Poesia : les poètes invités et la 5e Nuit de la Poésie Urbaine

LES MOTS DES AUTRES

Les élèves rencontrés cette année ne me contrediront pas, non plus. Les lycéens que j’ai accompagnés attestent de l’impact de la voix sur leur entrée dans la lecture des recueils proposés par le jury du CoPo. Les écoliers auxquels j’ai proposé un atelier poésie ont eu envie de dire, eux aussi, après avoir écouté.

C’est également le constat d’artistes et de professionnels de la culture. Les propos de Zéno Bianu, poète et performeur français, font également écho à cet avis. Dans un article du Point , dédié à la poésie, il avance : 

C’est l’oralité qui a sauvé la poésie ces dernières années. Le retour au souffle, à la volonté d’échanger par les mots et de retrouver la gourmandise et le plaisir du texte. C’est tout sauf un art empoussiéré, ennuyeux. Avec la poésie on est complètement dans les arts vivants .

Dans le même article, Olivier Chaudenson, directeur de la Maison de la Poésie à Paris, affirme :

Le lectorat est parfois déconcerté par les recueils de poésie et entre beaucoup plus facilement dans la densité du texte lorsque la voix le porte. 


La poésie contemporaine est relativement peu lue aujourd’hui et il me semble que la rencontre avec l’auteur, la lecture, la performance, tout ce qui montre que la poésie est un art vivant, tout ce qui est du registre de la littérature en scène, est une façon de s’exprimer auprès d’un public plus large.

Quant à lui, Laurent Terzieff (acteur et metteur en scène français) déclare, lors de la conférence de presse du Printemps des Poètes en décembre 2001 à la Comédie Française :

« Pour que le comédien soit véritablement un passeur, et non seulement un diseur, ou un « bien disant », comme on dit péjorativement, il faut qu’il ait envie de nous faire partager, comme on partage un secret, le plaisir qu’il a lui-même éprouvé en découvrant le poème, même si cette découverte est ancienne. […]

Il faut qu’il sache nous transmettre son émerveille-ment, que sa voix et sa diction s’ouvrent sur un paysage de mots d’où s’élève un chant, avec son rythme, ses couleurs, ses silences, que ce paysage soit le lieu du poème où l’auditeur pourra être en toute liberté, choisissant lui-même ses chemins, même les tracer…, quitte aussi à s’y perdre. »

ET LA FACTORIE ?

Pour finir, je ferai allusion aux dires de Patrick Verschueren. Pour le directeur de la Factorie – Maison de Poésie / Normandie, il s’agit « de glisser la poésie partout, discrètement, de faire en sorte qu’elle soit connue et appréciée en la présentant comme un espace commun, un lieu de retrouvailles et d’étonnement sur la langue .»

En vue d’enjamber l’éloignement entre les gens, l’art et les artistes, La Factorie propose en effet une programmation de qualité, favorisant la rencontre autour de la performance poétique. 

À ce propos, il ajoute « les gens peinent à lire la poésie, elle leur paraît trop lointaine, très opaque. Cela dit, ils reconnaissent l’aimer, à partir du moment où ils l’écoutent ! Nous disons de la poésie « entre deux » pour la rendre plus accessible. De cette manière, je pense que progressivement, les gens accepteront d’aller plus loin ».

Dans la troisième capsule sonore, cet incitateur parle de l’en-trée en poésie et de son approche. Dans la quatrième, il raconte l’histoire de la Factorie, le très joli lieu porteur de cet enga-gement.

La Factorie – Photos : la Feuille Azimutée

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