Un auto-portrait de Simone Lagrand - Crédit photo : Simone Lagrand

SIMONE LAGRAND

est poétesse et performeuse, mais pas uniquement. Cette artiste se présente comme maker of creative biotope ¹ et nul ne pourra la contredire. Elle mêle les disciplines et les couleurs. Elle travaille les mots, l’image, le son, la matière textile et fabrique ses recueils.

Dans cet entretien, c’est avec générosité qu’elle parle de sa démar-che artistique et de ses multiples collaborations. De son langage, plurilingue et foisonnant. 

Simone raconte également comment elle accompagne la voix des participants à ses ateliers d’écriture. Elle présente son podcast indécis, aussi. Pour finir, elle évoque le désir et le plaisir au travers de son dernier spectacle : Textoy.

¹ Auto-définition de l’artiste sur son site WABAP

WABAP - Acrostiche de Simone Lagrand

Vernon – Amsterdam. Chères et chers, ici commence la jolie correspondance sonore entretenue avec Simone Lagrand.

En une introduction et deux capsules sonores, vous apercevrez en quoi le PLURI-ELLE lui va comme un gant. Tout en bas de cette page, il vous semblera voir le langage en mouvement.

Bon appétit.

Une collaboration - Crédit photo : Guilhem Seguin

1 – Comme un préfixe … (1e partie)

« Je suis Martiniquaise et c’est tout un parcours en soi. […] Je dirais que cette île marque beaucoup mon travail, mon imaginaire et mon désir d’aller toucher un peu à tout. 

Parce qu’elle est définie par ses marqueurs africains et amérindiens, par une grande oralité; mais elle n’est pas qu’oralité. Dans l’arc cari-béen, nous sommes très prolifiques en auteurs, en peintres, en artistes. 

Et moi je dirais que la créativité est un dénomi-nateur commun pour les îles qui ont ces histoires mixtes. Ces histoires coloniales, post-coloniales, néo-coloniales; faites de différents apports, tout en essayant toujours de se cons-truire authentiquement. »

1 – Comme un préfixe … (2e partie)

« Selon moi, il ne devrait pas y avoir de cloisonnement. […] Il n’est pas possible d’écrire sans regarder le monde sous toutes ses facettes.

[…] Je crois que le monde s’écoute, se goûte, se sent, se touche… On marche sur le monde, on le caresse, on s’assoit dessus… 

On le chante, on le boit dans une paille, avec des glaçons… On le regarde dans les yeux, on le regarde à travers des persiennes…

Le monde est assez vaste et si notre regard n’était que pictural ou que vocal , il ne s’intéresserait qu’à une facette et ce serait peut-être dommage. »

Tout travail mérite solaire - Crédit Photo : Simone Lagrand
Je des mots avec la langue - Crédit Photo : Simone Lagrand

2 – Language in motion

« Pour moi le mot est une sorte d’organisme, donc je le démembre, le décortique, je vais chercher ce qu’il a au plus profond de lui, je le répète plusieurs fois… 

Et puis je convoque aussi toutes mes influences, qu’elles soient créolophones, anglophones ou hispanophones. 

Tout ce qui m’intéresse est de comprendre ce qu’il y a dans le mot et c’est comme ça que d’une certaine manière, j’invente ma petite langue personnelle. »

WABAP - Acrostiche de Simone Lagrand